Dimanche 26 février 2012
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Mardi 26, à Versailles.
Le roi continua de se mieux porter, et le soir, après son souper, il fit entrer quelques troupes demasque dans sa chambre. — Monseigneur courut le cerf, et le soir il fut en masques jusqu'à deux
heures du matin dans les grands appartements. — Madame la Dauphine set rouva un peu mal, et se mit au lit en sortant du dîner; elle se releva après son souper et passa un moment chez le roi; mais
elle ne fut point au bal. Il y eut grand bal en masque dans le grand appartement du roi jusqu'à trois heures du matin. — Le maréchal d'Estrades mourut à Paris ; il étoit gouverneur de Dunkerque,
et son fils en a la survivance ; maire perpétuel de Bordeaux, et son tils en a la survivance aussi, et jouissoit déjà des appointements, qui sont de 10,000 francs, payés sur le oomoi do Bordeaux;
il étoit gouverneur de M. le duc de Chartres (I), et Benserade a dit là-dessus que Monsieur uvnit beaucoup de peine à élever des gouverneurs à son liU; il étoit maréchal de France et chevalier de
l'ordre. Il ne reste plus que dix maréchaux de France, et treize Kentilshommes françois chevaliers de l'ordre. Le roi a présentement soixante-dix places à donner dans l'ordre, dont il y en a
quatre pour des ecclésiastiques *. — Le maréchal d'Estrades avoit, outre cela, le titre de vice-roi d'Amérique, dont il n'avoit jamais fait aucune fonction ; mais il avoit quelques appointements.
11 laisse trois fils : le marquis, quia la survivance de Dunkerque, l'abbé, qui a été ambassadeur à Venise et à Turin, et un chevalier de Malte.
* Le maréchal d'Estrades étoit fort peu de chose ; il avoit été page du cardinal de Richelieu qui se l'étoit depuis fort attaché, et qui l'employa en quantité de choses de la plus grande
confiance au dehors. Il étoit fort bon à la guerre, meilleur aux négociations, où il a bien servi l'État, et s'est fait un grand nom. Le prince d'Orange avoit pour lui estime, amitié, et autant
de confiance que cela se pouvoit entre eux. L'affaire qu'il eut à Londres avec Batteville, ambassadeur d'Kspagne, est célèbre , et valut la déclaration précise et solennelle du roi Philippe IV de
quitter toute compétence. Son fils aîné fut cause de la bataille de SaintDenis pour s'être amusé avec une maîtresse, étant chargé du paquet de la paix. Ce fut un homme paresseux, glorieux et
obscur; ses frères valoient bien mieux : l'abbé en négociation, les autres à la guerre et dans le monde ; mais ils ne furent pas heureux. Les armes de Mendozze, dont le maréchal d'Estrades para
ses armes, sont une cause d'erreur à beaucoup de gens. Le grand-père paternel du maréchal, qui fut enseigne de la compagnie d'ordonnance de M. de Bellegarde, avoit épousé, en 1579, la fille de
Bertrand Arnoul, conseiller au parlement de Bordeaux, et de Jeanne de Mendozze. Or on pouvoit juger quelle pouvoit être cette Meudozze, et si même une bâtarde de cette maison avoit passé les
Pyrénées pour venir épouser un bourgeois de Bordeaux récrépit d'une charge de conseiller au parlement. On remarquera, mais sans application, parce qu'elle seroit faite au hasard, que lorsque des
juifs se convertissent, soit de leur gré, encore plus pour se tirer des griffes de l'inquisition, les plus grands seigneurs se font honneur de les présenter au baptême, et de leur donner
non-seulement le nom de leur patron, mais d'y ajouter celui de leur maison, qui devient alors celui du juif leur filleul, et des enfants et descendants qui sortent de lui.
(1) Il avoit 24,000 francs d'appointements, comme gouverneur de M. le duc de Chartres. (Rote dr Dangeau. )